« Low-carb, high-fat »… ce n’est pas une « mode », mais le régime anti-diabète à succès d’un médecin du 19ème siècle !
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Cher(e) ami(e) de la Santé,
Dans une lettre précédente, nous avons découvert ensemble un médecin hors du commun.
Chef-pharmacien à l’Hôtel-Dieu de Paris, le Dr Bouchardat guérissait à tour de bras les malades de diabète de type 2….
… au 19ème siècle !
« Avec de la volonté, de l’intelligence et de la persévérance le pronostic est toujours favorable », disait-il après 50 ans d’expérience sur des milliers de malades.
Sa première règle, on l’a vu, était de supprimer les féculents et de réduire drastiquement les aliments contenant du sucre (y compris les fruits et le lait).
Certes, c’est très restrictif.
Mais ce régime n’était pas impossible à suivre, car la liste des aliments « permis » était très longue, elle aussi.
Les aliments recommandés : viande, poisson, œufs (avec modération)
Toutes les viandes sont recommandées « avec tous les assaisonnements qui stimulent l’appétit, pourvu que la farine n’intervienne pas dans les sauces ».
Même blanc-seing pour les poissons, que l’on peut « accommoder avec de l’huile en grande quantité et du vinaigre en petite proportion ». Aucun problème non plus avec les « autres animaux alimentaires, tels que les huîtres, les moules, les escargots, les langoustes, les crevettes, les grenouilles. »
Il note que les « œufs, sous toutes formes variées qu’a imaginées l’art culinaire, sont d’une grande utilité ». Sont autorisés également « la crème privée de lait » (le beurre) et les « fromages de toutes sortes ».
Le Dr Bouchardat recommande bien sûr de consommer tous ces aliments avec modération.
Mais il n’est pas favorable pour autant à une trop forte restriction calorique – ce qu’on appelle la « diète », à l’époque.
Peut-être avait-il observé l’effet « yo-yo » des régimes ? En tout cas, sa prescription est claire : « un homme habitué à faire de trop copieux repas ne doit venir que graduellement à des habitudes plus sobres, qu’une lente mastication aide à prendre ».
De la graisse en quantité pour éviter la faim
Car s’il y avait bien une chose qui obsédait le Dr Bouchardat, c’est que ses patients ne souffrent pas de la faim, « n’éprouvent point ce sentiment de vacuité stomacale qui leur est si pénible ».
Il n’avait pas accès (fort heureusement) aux médicaments chimiques « coupe-faim » comme l’Isoméride ou le Médiator… mais il avait beaucoup mieux : « les corps gras ».
Pour compenser la suppression des féculents et aliments sucrés, il conseille ainsi aux diabétiques de consommer les graisses les plus variées :
« Beurre, lard, graisses de porc, de veau, de bœuf, de mouton, de cheval, etc., d’oies, de canard », « l’huile de foie de morue » (sa préférée) et « les huiles d’olives, d’œillet, de noix, de sésame, de faîne, de chenevis exprimés à froid, de navette, de colza. »
Visionnaire, là encore ! Car les bonnes graisses sont précieuses contre la faim. Chez beaucoup de gens, elles permettent d’obtenir un sentiment de satiété plus solide que les glucides raffinés (surtout s’ils sont ultra-transformés).
Et elles ont un intérêt supplémentaire : « les viandes, les poissons, les oeufs, les boudins, etc., deviennent plus savoureux par leur judicieuse intervention ».
C’est tellement vrai que les produits industriels d’aujourd’hui, « allégés en graisse », sont bourrés de sucre pour essayer de leur donner un peu de goût.
Au final, les recommandations du Dr Bouchardat sont à l’opposé de celles qui ont circulé en Occident à partir des années 1970-1980. On a dit aux Américains et Européens de manger « moins gras »… Pour compenser, ils se sont mis à manger davantage de sucre et de féculents… et comme par hasard, c’est à ce moment-là qu’a commencé l’épidémie de diabète et d’obésité.
Sans oublier les végétaux et oléagineux
Le Dr Bouchardat vante enfin l’intérêt des végétaux (les « herbes ») :
« Les herbes devront intervenir à chaque repas en proportion modérée. Être bien mâchées, pour éviter la distension de l’estomac, elles devront être associées à une forte proportion de corps gras, qui favorisera le glissement des aliments herbacés dans l’intestin et qui complétera l’alimentation. »
Entre parenthèses, c’est un conseil d’autant plus judicieux que l’on sait aujourd’hui que manger des végétaux avec de la matière grasse permet de mieux absorber leurs vitamines.
Les végétaux recommandés sont très nombreux :
« Les épinards, la chicorée, la laitue, les asperges, les artichauts, les haricots verts, les salsifis, les cardons, les concombres, les choux de Bruxelles, les choux-fleurs, les choux. (…) Les salades de cresson surtout, de chicorée, de pissenlit, de romaine, d’escarolle, de barbe de capucins, de scosonière, de laiture, de mâche. (…) Les champignons conviennent. »
Quant aux précieux oléagineux, le Dr Bouchardat ne les oublie pas :
« Pour le dessert, avec les fromages, les olives conviennent très bien ; les autres fruits oléagineux, tels que les noix, les amandes, les noisettes, les pistaches, contiennent un peu de sucre et ne sont permises en quantité élevée que lorsque les urines ne sont plus sucrées. »
Au total, ce régime très complet devait éviter d’avoir faim.
Mais le Dr Bouchardat a deux astuces pour ceux qui en souffriraient quand même : « manger dans la journée des graines de cacao torréfiées ou du chocolat sans sucre ni farine » (du chocolat 100 %) et, encore mieux, « mâcher des olives ».
Un régime « d’attaque » pour préparer des lendemains qui chantent
Vous aurez peut-être reconnu, dans toutes ces recommandations, les caractéristiques principales d’un régime paléo (sans lait ni céréales), riche en graisses et pauvre en glucides.
C’est précisément le type de régime qui, dans certaines études, a permis d’inverser le diabète de type 2[1].
Mais dans l’esprit du Dr Bouchardat, ce régime très rigoureux au départ doit pouvoir être assoupli, une fois que l’état du patient s’est amélioré :
« Il importe, en commençant le traitement, de rendre le régime assez rigoureux pour obtenir promptement la disparition complète de la glycose des urines. Après quelques semaines du retour des urines à l’état normal, il faut revenir peu à peu à l’usage modéré des aliments glycogéniques. »
Une fois restaurée la capacité de l’organisme à stabiliser naturellement le sucre sanguin, il est donc possible de réintroduire des aliments glucidiques avec modération, ce qui est une excellente nouvelle pour les malades :
« Par l’alimentation, avec du temps, de la vigilance, je fais perdre à l’organisme de mauvaises habitudes morbides, et dans plusieurs cas, j’ai vu se rétablir ainsi l’harmonie des fonctions. (…)
Chez un grand nombre de malades on peut revenir à un usage suffisant des féculents sans que le sucre reparaisse dans les urines. »
Voilà donc les clés du régime du Dr Bouchardat contre le diabète[2]. Je vous le recommande si vous êtes diabétique ou pré-diabétique (attention toutefois au risque d’hypoglycémie si vous êtes déjà traité à l’insuline).
Mais la prescription de notre médecin visionnaire ne s’arrête pas là. Il avait aussi une deuxième arme secrète contre le diabète.
L’activité physique, le coup de grâce contre la maladie
« Il est des cas, nous dit le Dr Bouchardat, où le régime seul suffit ». Mais « l’exercice est une condition des plus favorables pour faire disparaître les dernières traces de glycose ».
Là encore, c’est une phrase prémonitoire lorsque l’on sait (depuis peu !) que certaines formes d’exercice physique sont très efficaces pour vaincre la résistance à l’insuline des diabétiques.
Mais attention, comme l’a compris le Dr Bouchardat, tous les exercices ne se valent pas :
« Il est un exercice qui possède ce précieux avantage, ce sont les travaux en commun bien réglés et progressifs, avec l’accroissement des forces, dans un gymnase convenablement dirigé, fourni d’appareils variés, où toutes les précautions sont prises pour éviter les contusions, les écorchures, et l’excès de travail. »
Autrement dit : la musculation… en salle de sport !
Des activités comme la marche rapide sont précieuses, dit-il, mais elles ne donnent pas autant de résultats.
Pour le Dr Bouchardat, il est important qu’ « après des exercices qui en moyenne doivent durer une heure, le corps soit baigné de sueur ».
Et, une fois de plus, la science la plus moderne confirme son diagnostic !
D’abord, sur l’intérêt de ce que Bouchardat appelle « le travail de force » (la musculation). On sait aujourd’hui que la masse musculaire a un effet mécanique contre le diabète : comme les muscles ont besoin de sucre, plus vous êtes musclé, plus vous réduisez la quantité de sucre qui circule dans votre sang[3].
Et pourquoi faudrait-il être « baigné de sueur » ? Parce que ce sont les exercices à haute intensité (musculation ou exercices « fractionnés ») qui semblent les plus efficaces pour les diabétiques – cela signifie que, si vous faites de la course, du vélo ou de la natation, il vaut mieux faire des séries de 5 à 8 sprints répartis sur 20 minutes plutôt qu’une longue séance d’endurance en restant à la même vitesse[4].
Guérir, sans médicament
Et voilà comment, sans le moindre médicament, le Dr Bouchardat a guéri le diabète de milliers de patients, tout en renforçant leur vitalité et leur santé générale.
Je lui laisse le dernier mot :
« Je n’ai pas la prétention de guérir tous les glycosuriques (les diabétiques) qui viennent réclamer mes soins. (…) Mais on peut dire que le traitement que j’ai institué réussit à entraver la marche de la maladie, et à prévenir ou à retarder une fatale terminaison.
La science compte-t-elle un si grand nombre de méthodes thérapeutiques qui guérissent quand cela est possible encore, dont l’efficacité soit aussi sûre qu’une réaction chimique parfaitement connue, et dont l’innocuité soit incontestable, même dans les cas les moins heureux ? »
De l’humilité, de la prudence et du bon sens… Voilà un autre « régime » dont la médecine moderne aurait tant besoin !
Bonne santé !
Xavier Bazin
[1] A Randomized Pilot Trial of a Moderate Carbohydrate Diet Compared to a Very Low Carbohydrate Diet in Overweight or Obese Individuals with Type 2 Diabetes Mellitus or Prediabetes, Laura R. Saslow, PLoS One. 2014
Metabolic and physiologic effects from consuming a hunter-gatherer (Paleolithic)-type diet in type 2 diabetes, Masharani U, Eur J Clin Nutr. 2015 Aug
[2] Pour être complet, il faut mentionner sa position sur l’alcool. Le vin est un sujet sur lequel le Dr Bouchardat a évolué toute sa vie. Au départ, il n’hésitait pas à prescrire du vin rouge (« de Bordeaux ou de Bourgogne ») dans des quantités paraissant incroyables aujourd’hui : jusqu’à deux litres par jour. Cela correspondait à la consommation habituelle de vin en France à une époque où, pour des raisons sanitaires, boire du vin et des boissons fermentées était moins dangereux que de l’eau (l’alcool et l’acidité évitent les contaminations). Cependant, il a commencé à diminuer la dose, recommandant « un litre dans les vingt-quatre heures » pour les hommes (qu’il conseillait de couper avec de l’eau si nécessaire). A la fin de sa vie, toutefois, il conseillait à ses patients la plus grande modération dans leur consommation de vin. C’était en effet un meilleur conseil. Car les bienfaits des polyphénols du vin sont rapidement compensés par les effets négatifs de l’alcool (notez qu’aujourd’hui, les compléments alimentaires permettent d’avoir les avantages du resvératrol sans les inconvénients de l’alcool).
[3] La « force » semble toutefois encore plus importante que la masse musculaire seule https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42155606/
[4] https://www.diabetesresearchclinicalpractice.com/article/S0168-8227(25)00041-5/, https://link.springer.com/article/10.1186/s13098-026-02162-8
