Malheur à vous si, comme Arnaud Denis, vous êtes victime d’un accident médical
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Cher(e) ami(e) de la Santé,
Il y a trois ans, Arnaud Denis était le « plus heureux des hommes ».
Il était comédien et metteur en scène à succès.
Il avait même reçu un Molière, la plus grande distinction dans son métier.
Mais il y a quelques jours, le 22 septembre dernier, il a choisi de mourir par euthanasie.
Après trois ans de souffrance.

Son dernier message, posté sur les réseaux, est bouleversant.
Ses malheurs ont commencé en 2023, avec l’opération d’une hernie à l’aine et la pose d’une prothèse.
Son chirurgien ne l’a pas informé que l’opération comportait des risques.
De fait, jusqu’à 10 % des patients en ressortent avec des douleurs chroniques – et pour certains, des douleurs dites « invalidantes ».
Arnaud sera de ceux-là, et bien au-delà.
Après l’opération, c’est la descente aux enfers : douleurs intenses, intestins qui ne fonctionnent plus, perte de 17 kilos en trois mois.
Il souffre aussi de troubles sexuels et vasculaires, car la prothèse s’est déplacée et comprime des organes (il a fallu pas moins de quatre IRM pour que le corps médical s’en aperçoive).
Courant 2024, il se fait retirer sa prothèse. Les douleurs locales diminuent, mais son état général continue de se dégrader.
Il perd progressivement ses muscles et sa capacité à marcher, souffre de maux de tête violents, perd une partie de son audition et de sa vue.
Il finit alité, incapable de se laver ou de se nourrir seul.
Pendant ces trois ans, il consulte énormément : douze passages aux urgences en un an, sept chirurgiens digestifs, douze gastro-entérologues, plusieurs services de neurologie.
Malgré son calvaire, on lui dit régulièrement que « tout est normal ».
Il finit par recevoir un diagnostic d’encéphalomyélite myalgique après un examen d’imagerie cérébrale à l’hôpital Henri-Mondor. Son système immunitaire a probablement fait une très mauvaise réaction au polypropylène de sa prothèse – et sa vie est ruinée.
Notez que c’est le même syndrome (ASIA[1]) qui affecte les victimes de certains vaccins : le système immunitaire peut être durablement « déréglé » par des adjuvants comme l’aluminium et causer des encéphalomyélites myalgiques (ou fatigues chroniques)[2].
Le plus choquant, dans ces affaires, c’est l’inhumanité du corps médical.
Face à ces maladies complexes iatrogènes – c’est-à-dire causées par une intervention médicale – beaucoup de médecins font preuve d’une désinvolture difficilement imaginable.
Lisons ensemble le dernier message d’Arnaud Denis[3] :
J’en ai fini avec la maltraitance médicale.
J’ai déjà largement raconté mon histoire.
3 ans interminables d’altération de l’état général depuis une chirurgie de hernie en 2023. (…)
Je ne remercie pas l’APHP de m’avoir abandonné à mes souffrances multiples et dégradantes pendant trois ans d’altération continue de mon état général, malgré mes efforts.
Je ne les remercie pas, alors que j’avais perdu 17 kilos en trois mois après l’opération de hernie inguinale en 2023, et que je ne pouvais plus me nourrir, faute de motilité intestinale.
Ça ne leur avait pas suffi. « Prenez des laxatifs ».
J’avais demandé à être hospitalisé.
On m’a répondu : « le scanner est normal », rentrez chez vous.
Je salue de tout cœur mon médecin traitant, qui est le seul à avoir essayé de remuer ciel et terre, en vain.
Je ne remercie pas les neurologues d’avoir refusé, à de multiples reprises, une biopsie musculaire, alors que je ne pouvais plus marcher ou tenir mon dos, mon cou et mes hanches. (…)
Ni ce neurologue du Kremlin-Bicêtre, qui osa noter dans un rapport « pas de troubles de la marche », alors que j’étais en béquilles, et que je portais une minerve pour soutenir mon cou. Cet homme m’a reçu avec une violence inouïe.
Je me suis rendu 12 fois aux urgences en un an.
On a commencé par me dire « Vous n’avez rien. »
Et quand je ne pouvais plus marcher, on m’a dit un jour « oui mais c’est chronique maintenant, il n’y a rien à faire. Rentrez chez vous. » (…)
On m’a abandonné dans une voie de garage médicale, sans aucun soutien, en me disant de « faire du sport », alors que je pédalais chez moi sur un vélo elliptique depuis deux ans, tout en continuant à perdre mes muscles.
Et à finir en ostéopénie, avec risques de fractures spontanées, et de ruptures des tendons. (…)
Quelqu’un n’a pas fait son travail à temps dans la chaîne de parcours de soins, et après c’était trop tard.
Je ne remercie pas le service d’urgences céphalées à Lariboisière, d’avoir, à plusieurs reprises, refusé mon enregistrement lors de mes passages, alors que c’est contraire aux droits des patients, tandis que j’avais des maux de tête à m’en taper la tête contre les murs, et que je venais de perdre 20 % de mon audition bilatérale, ainsi qu’une partie de ma vue.
« C’est l’âge, Monsieur ». Oui, à 40 ans, c’est normal de perdre la marche, l’audition et d’avoir une vision floue soudaine, bien sûr.
Quand j’ai exigé d’être enregistré, on m’a jeté mon dossier sur mes jambes, en me disant « puisque vous faites du forcing. »
En me parlant comme si j’étais un animal, un enfant, alors que je réclamais de l’aide.
Les gens, d’ordinaire, pensent, un peu naïvement, qu’il suffit « d’aller à l’hôpital » pour aller mieux et se faire soigner. C’est faux, hélas.
Je pensais aussi ça, avant d’être victime de fautes médicales répétées.
Je croyais un peu au père Noël.
Mon dossier médical est rempli de fautes graves. (…)
Quand les pathologies découlent d’un acte chirurgical comme dans mon cas, les portes se ferment les unes après les autres, et vous continuez, impuissant, à assister à votre propre dégradation, sans aide.
Un rapport récent, accablant, de la Cour des comptes, démontre une sous-estimation massive des événements indésirables dans les hôpitaux français.
« 7000 déclarations d’effets indésirables en 2024, pour un nombre réel estimé entre 20 à 50 fois supérieur ». (Source France Info)
Cela concerne autant les infections nosocomiales que les erreurs de diagnostic, ou les fautes médicales graves (…).
Je suis victime d’erreurs médicales répétées, et d’une prise en charge beaucoup trop tardive en rapport à l’apparition de mes premiers symptômes alarmants.
Les patients comme moi finissent black-listés de l’Assistance Publique. (…)
Je ne remercie pas la société Medtronic, qui a fabriqué l’implant qui a détruit mon corps de l’intérieur, mon immunité, ma digestion, ma sexualité.
Ni le chirurgien qui m’a opéré de ne m’avoir jamais présenté la notice de l’implant, avec tous les effets indésirables. Sans quoi je serais parti en courant.
Et qui a bien omis aussi de me dire qu’en cas de problème ou d’intolérance, ça ne s’explantait pas sans risquer de démolir tout le plancher pelvien.
Je ne remercie pas les 7 chirurgiens digestifs que j’ai consultés suite à mes complications sans nombre, et qui se sont refilé lâchement la patate chaude.
Pas non plus les 12 gastro-entérologues, qui n’ont proposé aucune recherche approfondie de dysbiose et d’infection intestinale chronique, et se sont contentés de traiter les symptômes plutôt que de chercher la cause initiale, alors que les vitamines dans mon bilan sanguin ne faisaient que chuter inexorablement.
Je ne remercie pas l’ANSM pour sa légèreté dans le traitement des alertes déclarées par les patients victimes. Ils défendent une industrie, et non pas des patients.
Je ne remercie pas les Cliniques privées et les hôpitaux français qui refusent de transmettre aux patients implantés, les références de leur implant de hernie, alors que c’est une obligation légale de traçabilité.
Cela les décourage de faire des signalements d’effets indésirables sur le portail du Ministère de la santé.
Cela engendre une sous-déclaration massive, et un rapport bénéfice-risque complètement faussé et mal évalué. C’est là un désordre grave.
Il n’est pas acceptable non plus que les chirurgiens digestifs reçoivent régulièrement des sommes de la part des fabricants de prothèses pour des congrès ou des voyages tous frais payés. (Vérifiable sur Transparence santé).
Le conflit d’intérêts ne bénéficie pas aux patients.
Je ne remercie pas la justice française, qui classera sans doute « sans suite », et n’établira pas de lien de causalité.
Alors que j’étais en parfaite santé avant cette intervention.
Il n’y a pas de justice pour les victimes des conséquences iatrogènes de la médecine en France.
On a donc fini par me diagnostiquer, après un TEP IRM cérébral à Henri Mondor, qui montrait des hypométabolismes de certaines régions du cerveau, une encéphalomyélite myalgique.
À tous les malades de l’encéphalomyélite myalgique, dont on nie les souffrances dans le corps médical en France et dans le monde. Il y a urgence sanitaire.
Cette maladie neurologique invalidante post-infectieuse touche des millions de personnes dans le monde.
Des millions, dont des jeunes, des enfants, qui survivent alités dans le noir, dans des conditions déplorables.
Je suis en contact avec deux jeunes hommes de 23 et 27 ans, qui vont bientôt avoir recours à l’euthanasie dans d’autres pays, tant leurs conditions de vie sont intolérables.
Certains finissent par mourir de malnutrition chez eux, tant les soins sont inadaptés. (…)
Le financement dédié à la recherche est ridicule par rapport au nombre de personnes touchées. Il faut que ça change.
Les gouvernements sont inactifs, et laissent les malades sans espoirs thérapeutiques, dans un abandon de soins déplorable et sans aucune dignité humaine.
Quant aux médecins qui ne croient pas à la maladie, alors qu’elle est reconnue par l’OMS depuis 1969, honte à eux.
Honte à ceux qui psychiatrisent les malades, au lieu de se tenir au courant de la recherche internationale, tandis que l’Hôpital de la Charité à Berlin en Allemagne organise des conférences annuelles, réunissant des spécialistes du monde entier.
Un jour on nous écoutera (…).
Mais combien de morts d’ici-là ?
Par choix personnel ou par dégradation lente et inexorable.
De mon côté, j’ai travaillé sur une scène de théâtre sans répit pendant 22 ans.
Ce n’est pas une partie de plaisir que de ne plus pouvoir tenir debout, marcher, ou se lever de son lit.
Ça ne m’intéresse pas du tout de continuer comme ça.
À toutes les victimes de prothèses de hernie, dont je fais partie, et qui sont des milliers à se dégrader à petit feu, accablées de douleurs, d’infections chroniques, et de complications sans nombre, dont on ne tient pas compte non plus.
Honte aux chirurgiens qui abandonnent leurs patients avec des douleurs invivables au quotidien, en leur disant que c’est « dans leur tête », alors même que certains sont en invalidité permanente.
« On ne voit rien à l’imagerie, tout est normal » disent-ils.
C’est bien pratique : le polypropylène n’est pas radiosensible, et disparaît sous la fibrose inflammatoire. Donc on ne « verra » pas les causes de la douleur en général.
C’est une roulette russe épouvantable. (…)
Les études internationales de qualité de vie placent l’encéphalomyélite myalgique au rang des pires qualités de vie possible, toutes maladies chroniques confondues.
Le suicide y est fortement élevé, car pas de remède, pas de prise en charge, pas d’écoute.
J’ai tenu, coûte que coûte, pendant trois ans de souffrances atroces.
À présent je rends les armes. C’est mon droit. (…)
Je refuse à quiconque le droit de me juger. À moins de vivre 6 mois dans le corps d’un malade d’encéphalomyélite myalgique en état sévère, pour comprendre ce que c’est que l’horreur absolue. (…)
Je n’écris pas tout ceci pour qu’on s’apitoie sur mon sort. Je n’ai que faire de la pitié.
Ni pour attirer l’attention sur moi.
J’étais le plus heureux des hommes avant de tomber gravement malade.
Je dénonce ici la violence d’un système médical qui écrase le malade, au lieu de lui porter secours, quand il ne « rentre pas dans les cases ».
On cherchera à dénigrer mon témoignage, à minimiser mes souffrances, parce que le système est conçu comme ça.
Tant pis pour ceux qui ne chercheront pas à comprendre.
Il y a ceux qui le vivent. Eux, savent.
Déjà les chirurgiens digestifs, alors même que des milliers de victimes de prothèses de hernie se regroupent en France, ayant les mêmes symptômes, osent parler de « cabale » ou de « théorie du complot ».
Des milliers de personnes qui souffrent, qui ont perdu leur vie de travail, leur mobilité, leur digestion, leur sexualité, leur vie affective, leur autonomie. Tout ce qui constitue la dignité d’une vie d’Homme.
« J’ai toujours pardonné à ceux qui m’ont offensé. Mais j’ai la liste. » Jean-Jacques Sempé.
À tous mes frères et sœurs de combat.
Et à tous ceux qui sont « montés dans le train de ma vie » comme disait d’Ormesson, et que j’embrasse de toute mon âme.
Arnaud
Repose en paix, Arnaud, et que ton témoignage puisse aider à faire changer les choses.
Bonne santé à tous,
Xavier Bazin
[1] Syndrome auto-immun inflammatoire induit par les adjuvants
[2] Voir le livre Toxic Story du Pr Gherardi, de l’hôpital Henri-Mondor, justement.
[3] https://www.facebook.com/arnaud.denis.792
