Le « malade imaginaire » est toujours d’actualité
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Cher(e) ami(e) de la Santé,
Un jour, le roi Louis XIV demande à Molière : « Que vous fait votre médecin ? »
Réponse : « Sire, nous causons ensemble ; il m’ordonne des remèdes, je ne les fais point, et je guéris. »
Sacré Molière !
J’ai eu le plaisir de relire Le Malade imaginaire, une de ses plus célèbres pièces de théâtre.
Molière se moque gentiment d’un patient – le fameux « malade imaginaire », un sympathique bourgeois nommé Argan.
Voyez cet échange où notre brave Argan compte le nombre astronomique de « traitements » qu’il prend :
ARGAN.- Si bien donc, que de ce mois j’ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit médecines ; et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavements ; et l’autre mois il y avait douze médecines, et vingt lavements. Je ne m’étonne pas, si je ne me porte pas si bien ce mois-ci, que l’autre. Je le dirai à Monsieur Purgon (son médecin), afin qu’il mette ordre à cela.
TOINETTE.- Ce Monsieur Fleurant-là (son pharmacien), et ce Monsieur Purgon s’égayent bien sur votre corps ; ils ont en vous une bonne vache à lait ; et je voudrais bien leur demander quel mal vous avez, pour vous faire tant de remèdes.
ARGAN.- Taisez-vous, ignorante, ce n’est pas à vous à contrôler les ordonnances de la médecine.
Pour le pauvre Argan, plus on prend de « traitements médicaux », mieux on se porte !
C’est bien sûr totalement faux (aujourd’hui encore !)… mais il se trouve qu’Argan fait une confiance absolue aux médecins et à leurs prescriptions.
Voici un petit exemple savoureux de sa crédulité :
ARGAN.- Monsieur Purgon m’a dit de me promener le matin dans ma chambre, douze allées, et douze venues ; mais j’ai oublié à lui demander, si c’est en long, ou en large.
Mais derrière la moquerie d’un « faux malade », cette pièce de théâtre est d’abord une satire implacable des médecins (et pharmaciens) de l’époque.
Et croyez-le ou non, certaines critiques sont encore d’actualité aujourd’hui en 2026.
Malgré 350 ans de progrès médicaux, certains travers de la médecine restent exacts, aujourd’hui encore.
Voyons cela ensemble – cela nous permettra de rire un peu en relisant des tirades délicieuses de Molière.
Les médecins n’apprennent pas à réfléchir, hélas !
Dans Le Malade imaginaire, Argan ne rêve que d’une chose : marier sa fille à un médecin.
Or, le fameux médecin « Diafoirus » a un jeune fils médecin également.
Voici comment le père présente son fils à Argan :
MONSIEUR DIAFOIRUS.- Monsieur, ce n’est pas parce que je suis son père, mais je puis dire que j’ai sujet d’être content de lui (…).
Il n’a jamais eu l’imagination bien vive, ni ce feu d’esprit qu’on remarque dans quelques-uns, mais c’est par là que j’ai toujours bien auguré de sa qualité requise pour l’exercice de notre art.
Mais sur toute chose, ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre, ni écouter les raisons, et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine.
Autrement dit : son fils médecin n’a aucun esprit critique et aucune réflexion personnelle : tout ce qu’il sait faire, c’est « recracher » l’enseignement des anciens !
Et sincèrement, cela me fait penser à la façon dont les jeunes médecins sont aujourd’hui sélectionnés à la Faculté.
Comme me le disait mon ami le Dr Éric Ménat, on dirait que tout est fait pour choisir des « robots », capables de mémorisation et d’esprit mathématique… mais pas forcément d’esprit critique ni d’humanité.
La première année de médecine est tellement difficile à passer que, pour réussir, il ne faut surtout pas se poser la moindre question.
Il faut juste apprendre par cœur, sans relâche du matin au soir, 7 jours sur 7, 365 jours par an.
Évidemment, cela exclut les esprits créatifs, imaginatifs, humanistes, critiques…
… et on se retrouve avec des promotions entières de médecins « formatés », qui croient tout ce qu’on leur a enseigné, sans le moindre recul.
Voilà une première leçon de Molière.
À la semaine prochaine pour la suivante !
Bonne santé,
Xavier Bazin
